National 1936 rapporté de New York

National Guitar 1936

National Guitar 1936

J'avais longtemps révé d'un National ou d'un Dobro, d'une guitare à résonateur donc, sans d'ailleurs, en avoir jamais eu dans les mains. En 1998, j'accompagnais le chanteur Peter Krooner, qui venait de sortir un premier album bien accueilli. Peter décrocha  la première partie d'Alain Souchon à l'Olympia, pour 21 dates et ce, juste avant la fermeture de la salle et son «déplacement» quelques dizaines de mètres plus loin.( J'ai joué dans le vrai Olympia !)
Au sortir de ce mois de dur labeur (je plaisante), je décidais d'entreprendre mon premier voyage à New York, terre promise, avec la ferme intention d'en ramener une guitare à résonateur d'occasion ; le marché du neuf étant alors très pauvre.


Si j'adorais New York pour tout un tas de raisons, ce ne fut pas le cas pour ses magasins de musique : Accueil froid des vendeurs, prix pas très intéressants et très peu d'instruments d'occasion... Le mythe n'en finissait pas de s'écrouler au fur et à mesure de mon séjour. Le jour du départ, je trouve une adresse dans un magazine. Le quartier est un peu paumé mais je me pointe sans trop d'espoir quelques heures avant le vol retour.

L'endroit est un bric-à-brac poussiéreux d'instruments en tous genres, par forcément très glorieux. J'y remarque un Dobro métal assez médiocre et hors de prix. Je m’apprête à tourner les talons quand j’aperçois, rangé en hauteur une guitare en piteux état et complètement rouillée. Je demande à la voir, le type escalade des placards et me tend en fait un National en bois qui a dû dormir sous terre des années. Le cône est enfoncé et est injouable, les cordes sont plaquées sur le manche. J'ai toujours eu un faible pour les petits oiseaux tombés du nid, amochés, cabossés. Je demande le prix : 800€. Cher pour un instrument injouable ! Le vendeur refuse de me faire le moindre dollar de ristourne et me garantit mollement que je peux le réparer,  ne masquant pas son peu d'envie de me le vendre ( une stratégie peut-être ?)...
Me voilà à me dire que bon, le truc a quand même de la gueule et que je ne peux pas repartir de New York les mains vides. J’achète donc une belle somme un truc injouable, dont je ne connais même pas la côte !

De retour à Paris. J'ouvre la catalogue Stewart McDonalds, le livre de chevet du petit bidouilleur que j'étais, mais hélas, je ne trouve que des cônes douteux made in Japan... Grâce à internet je récupère les coordonnées de la société National, tout juste sur le retour, et... oui, ils peuvent m'envoyer un nouveau cône qui devrait ... normalement... s'adapter sans souci. Je commande la pièce, une belle somme et la reçois quelques semaines plus tard. Reste à l'installer...ça se fait sans trop de soucis et  j’entends enfin sonner ma guitare après trois mois d'attente, évidemment ému et...et elle sonne bien !
Plus tard, mon National passera par les mains de Mike Lewis pour la réparation du filet du manche et quelques réglages qui ne parviendront jamais à le rendre très juste au jeu au doigt. Mais tant pis ! Je n'en joue majoritairement qu'au bottleneck.
Plus tard, un livre de Bob Brosman me permettra de dater l'instrument :1936 ! Sa caisse est brulée, lacérée, écaillée... cette guitare a vécu ! Et pas une vie tranquille dans un placard ! À l'époque ce modèle n'était qu'une version cheap des modèles métal. Le cône étant le seul système d'amplification disponible. Je me plais à l'imaginer passant dans les mains de bluesmen dans des bouges mal éclairés du Mississippi....

À ce jour je ne sais même pas sa cote et cela m’intéresse peu. Son histoire est inscrite sur sa caisse et elle est  liée à l'histoire de cette musique – le Blues -qui m'a amené à la guitare.
En tout cas, je veux le croire.

 

Mc Gilz