Gibson...depuis 1896...

Orville Gibson  (autour de 1900)

Orville Gibson (autour de 1900)

L'histoire de la marque Gibson commence en 1896 lorsque son créateur Orville H Gibson ouvrit une petite boutique de lutherie spécialisée dans la mandoline et la guitare.

Selon l'historien de la famille Gibson, Julius Bellson, le pére d'Orville aurait été envoyé d'Angleterre aux Etats-Unis par sa famille alors qu'il n'était qu'un jeune garçon. Ses parents ont certainement voulu faire profiter leur fils de l'environnement propice et prospère des Etats-Unis. Tous les mois le garçon recevait une somme d’argent et cela jusqu'à sa mort. Ce fut en partie grâce à cet obole qu'il put élever sa famille.

Il finit par s'installer à Chateaugay dans l'Etat de New-York où il fonda une famille heureuse qui fut étroitement liée à l'art. En effet tous ses enfants s'orientèrent vers des carrières artistiques mais ce fut son fils, un des plus jeunes de la fratrie, qui connut la plus belle et la plus importante réussite.

 

Orville H Gibson est né en 1856 à Chateaugay. A l'école il obtint d'excellents résultats scolaires bien que son esprit était ailleurs. Il se passionna en effet dès son enfance pour la lutherie et le travail du bois. Il apprit également à jouer de la mandoline et de la guitare. Ces deux hobbies devinrent rapidement des passions pour lesquelles le jeune Orville consacrait une large partie de son temps libre. Jusqu'à sa majorité il accumula des connaissances en lutherie, en menuiserie et en ébénisterie par l'étude de documents d'apprentissage en la matière et l'expérimentation de constructions d'objets de bois, le poussant parfois à démonter d'anciens meubles familiaux afin de récupérer des matériaux nécessaires à ses projets de construction. Cette orientation sera initiatrice de son projet professionnel futur.

En 1880, Orville H Gibson avait 24 ans, et c’est à ce moment qu’il décida de s'installer dans la petite ville de Kalamazoo dans le Michigan. Il y exerça différents métiers tout en continuant à s'adonner à la lutherie. A la suite de plusieurs années de travail salarié, Gibson épargna une somme d'argent relativement conséquente qui lui permit de créer son premier atelier de lutherie spécialisée dans la mandoline, son instrument de prédilection, mais proposait également des modèles de guitare acoustique.

Le commerce commença en 1896. Au début Orville travaillait seul, puis, au fil des années et du succès, il s'entoura d'une équipe de luthiers et de vendeurs.

L’expérience et l’évolution dans sa fonction de luthier lui donna des idées pour améliorer la mandoline. Il faut savoir qu'en plus de nombreuses connaissances en lutherie, Gibson était un véritable artiste de grand talent doté d'une importante sensibilité artistique et d’un sens aigüe de la création artistique

Ces traits de caractère eurent pour effet de l’isoler dans son atelier pendant des journées entières, durant lesquelles il commença à produire ses premières mandolines.

Orville Gibson eut d'ingénieuses idées. Il décida dans un premier temps d'appliquer à la mandoline, puis à la guitare, les principes de production utilisés par les luthiers de l'époque pour les violons. Il creusa en conséquence les tables d'harmonie dans des blocs de bois relativement épais, afin d obtenir une surface convexe sur laquelle était placée un chevalet mobile permettant ainsi d'accroitre le volume et la qualité sonore des instruments. Les cordes ne furent plus fixées au chevalet mais à l'extrémité de la guitare par l'intermédiaire d'un cordier

Cette singulière technique de production très novatrice s’avéra judicieuse car elle améliora très sensiblement les fonctions acoustiques de la mandoline et de la guitare. Le son nouvellement produit était d'une toute autre nature. A cette époque la mandoline connaissait un grand succès ce qui, grâce aux qualités des instruments, permit à l'atelier d’Orville de rencontrer un vif engouement populaire. Son activité pouvait donc perdurer.

Suivant ses gouts artistiques, Gibson habillait ses modèles d'incrustations de nacre très complexes, de marqueteries et de volutes spectaculaires. Les couleurs noir et orange furent souvent utilisées. Le nom de la marque était inscrit en jaune sur la tête. L'esthétique aboutie d'Orville donnait libre cours à son imagination délirante et son gout prononcé pour l'excentricité mais il est vrai que ce furent de très beaux modèles dotés de grandes qualités musicales.

Ces innovations inspirèrent la production future de la marque ( il existe de nombreuses similitudes entre les premiers modèles et la suite de la production ) mais également les constructeurs concurrents. Les qualités instrumentales, dues aux innovations, constituaient la première raison du succès de la marque à travers les époques.

Orville Gibson devint alors une personnalité importante dans le monde de la guitare. Tous les modèles qu'il construisait étaient de bonne qualité et rencontraient un franc succès. Cette popularité fit augmenter sensiblement la production. L'atelier devint en quelques années populaire, renommé et rentable. Les instruments étaient parmi les meilleurs du marché au point de vue musical. En raison de son fort succès commercial, la petite entreprise intéressa de riches investisseurs de la ville.

La véritable histoire de ce rachat n'est pas établie mais la légende nous offre deux théories.

La première nous relate que les investisseurs auraient profité du caractère bohème d'Orville Gibson pour racheter l'entreprise à bas prix. Le contrat aurait été à son net désavantage en lui offrant 2500 dollars de rémunération nette.

La seconde relate que Gibson était apte à se défendre et que le contrat consistait en un égal partenariat. Il est néanmoins avéré qu'Orville Gibson s'était associé en 1902 à cinq riches hommes d'affaires locaux afin de créer communément l'entreprise Gibson Mandolin Guitar Manufacturing Co. Dès lors Orville, responsable de la production, garda le même cap et produit des guitares et des mandolines de même type ayant connu le même succès.. L'entreprise continua à s'accroitre et se fit sa place parmi les plus importants fabricants de de guitare sur le marché.

Grace à son talent et surtout à son ingéniosité, Orville Gibson était arrivé à fonder une entreprise solide et importante et a élevé son nom au rang des grands hommes de l'histoire. Sa carrière fut une réussite et elle servit de base au prolongement de l'activité de son entreprise. Bien que très doué Orville eut une personnalité trouble. Il était très excentrique et instable. Ses troubles l'obligèrent à s'interner dans un service psychiatrique entre 1907 et 1910. Ce fut en 1909, après quatorze ans d'activité de luthier, qu'Orville Gibson se retira de sa compagnie.

L'histoire évoque la encore deux possibles raisons. La première serait qu'en conséquence de l'aggravation de ses troubles mentaux, Orville fut à l'époque incapable d'assumer la charge inhérente à sa profession. La deuxième serait qu'Orville s'était lassé de la lutherie car la production de masse aurait minimisé l'importance de son travail. Après son départ il partit s'installer à Ogdensburg, dans l'Etat de New-York, où il est mort le 21 Aout 1918.

Orville fut une personnalité importante du monde de la lutherie. En effet ces idées totalement nouvelles ont largement inspiré les luthiers de son entreprise. L'entreprise étant devenue au fil des ans très importante et ses idées firent école, puisque nombre de luthiers futurs s’inspirèrent de son travail.

Sa contribution dans le monde de la guitare fur énorme, sinon déterminante.

Au départ d’Orvillle Gibson, John W Adams ( l’un des investisseurs initiaux ) prit ensuite la direction de l'entreprise. Les plus hautes places hiérarchiques étaient occupées par le reste des investisseurs de 1902. Orville Gibson avait par son travail acharné procuré un avantage concurrentiel très important à son entreprise qui était la qualité des instruments et la singularité de la production.

Conscient de l'intérêt d'utiliser ces facteurs clés de succès et des grandes opportunités du marché ( la mandoline est de plus en plus populaire et la musique se développe fortement dans le pays ) les dirigeants réalisèrent dès lors un très bon compromis entre les découvertes exploitables du créateur et les innovations et découvertes apportées par les autres luthiers de la firme. Ils gardèrent en conséquence la construction des tables d'harmonie, les décorations, les volutes et les couleurs noir et orange propres à Orville Gibson. Un progrès important dans la production intervient en 1910 par le biais d'un des dirigeants Lewis Williams, qui eut l'ingénieuse idée de surélever la plaque de protection afin de permettre à la table d'harmonie de vibrer plus intensément apportant alors un rendement sonore plus volumineux et de meilleur qualité à la guitare.

En plus de cette intéressante innovation, les dirigeants de Gibson décidèrent d'ouvrir l'angle de jonction du manche avec le corps de l'instrument. Cela eut pour répercussion d'élever la hauteur du chevalet, d'accentuer la pression des cordes sur le chevalet mais aussi d'augmenter le volume sonore des instruments. Ces innovations restèrent comme base de lutherie dans l'entreprise pendant des années. La qualité continua à augmenter, la gamme de produits gagna en ampleur, la notoriété devint véritablement excellente et le volume et la valeur des ventes, déjà très fort, connurent une forte augmentation.

Gibson était devenu leader de son marché. Etant donné que le volume de production ne cessa d'augmenter l'entreprise dut investir dans la construction d'une usine à plus grande échelle. C'est ainsi que naquit  en juillet 1917 la première usine de production de masse Gibson à Parsons Street dans la ville de Kalamazoo.

Le marché des instruments à cordes fut dominé par le banjo et la mandoline jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. La place de la guitare augmenta depuis progressivement mais continuellement dans sa famille jusqu'à devenir de nos jours l'instrument le plus utilisé au monde.

Cette modification du marché incita l'entreprise à changer de nom pour Gibson Inc. Entre 1910 et 1920 l'entreprise apporta encore des innovations à la guitare comme le chevalet de hauteur ajustable ou le système de barre métallique dans le manche communément appelé " truss rod " . Ne dérogeant pas à l'immuable règle, les innovations insufflèrent une croissance et un développement pour l'organisation. Mais c'est en 1919 que Gibson va prendre un tournant essentiel dans son histoire. A cette date elle embaucha un nouveau luthier Lloyd Loar. Ce luthier était à la base un musicien et un professeur de mandoline et de guitare de jazz renommé dans sa région. Chez Gibson il suivit l'idée originelle du fondateur : appliquer à la mandoline et à la guitare les principes de production du violon. C'est ainsi qu'il remplaça la rosace circulaire par des ouies en forme de F, ouies identiques à celles des violons, placées à droite et à gauche de la table, allongea le diapason et suréleva la touche afin qu'elle ne soit plus en contact avec la table.

En plus de ces trois innovations Lloyd Loar, partant du principe que chaque pièce de bois a une nature, une flexibilité et une résonnance différente, affina et modula les tables d'harmonie, les barrages et les dos en fonction de leur caractéristiques de telle façon que chaque instrument soit un ensemble homogène de bonne qualité. Grace à lui la gamme de guitare gagna considérablement en qualité. De fait son travail était de très bonne qualité mais c'est surtout la filiation importante de ses innovations qui donnèrent à Lloyd Loar un caractère célèbre et illustre. Le luthier avait également en tête le projet d'électrifier la guitare. De ce projet est né la fameuse L5, qui fut la première Gibson électrique.

Les dirigeants étaient très sceptiques à cette idée et n'étaient absolument pas d'accord sur la nature des recherches de l'inventeur. Pour ces raisons Gibson licencia Lloyd Loar après cinq ans de bons et loyaux service pour l'entreprise. Durant cette période il créa plus de 300 mandolines et plus de 30 guitares. Il apporta à la marque ses intéressantes innovations, son projet d'électrification de la guitare ainsi qu'une forte valeur ajoutée générée par ses modèles.

Après son licenciement il créa sa propre entreprise, Vivi-Tone. Cette dernière était une des premières à commercialiser des guitares et des violons électriques. Malheureusement pour lui son entreprise s'effondra ce qui l'obligea à reprendre son ancienne carrière de musicien et de professeur. Lloyd Loar mourut en 1943. A partir de 1930 l'avènement des Big Bands de Jazz et l'émergence du Blues donnèrent le coup de grâce à la mandoline et au banjo en donnant le top départ tonitruant de la guitare aux Etats-Unis.

Suivant l'évolution de son marché, Gibson décida d'orienter particulièrement son activité vers la guitare. L'entreprise démarra alors une longue ascension qui annonça de vaste profit et une notoriété immense à travers le monde. Gibson divisa alors sa production en deux grandes catégories de guitare : la guitare électrique et la guitare acoustique. Ces deux productions ayant une histoire et des caractéristiques bien différentes nous les traiterons consécutivement en commençant par l'histoire des guitares électriques. Il est à noter que ce sont les guitares électriques qui apportèrent le plus de profit et de notoriété à Gibson, bien que leur guitare acoustique soit de bonne qualité elles ne purent rivaliser avec le spécialiste Martin.

 La réussite commerciale et musicale des premières guitares électriques fabriquées par les concurrents poussa Gibson à s'intéresser à ce phénomène qui deviendra une importante révolution musicale. L'entreprise reprit et continua les expérimentations de Lloyd Loar sur l'électrification de la guitare à la fin des années 1920. De cette important travail résulta l'électrification réussie d'une guitare hawaienne.

Devenu confiant, Gibson décida de se lancer sur le marché encore peu important de la guitare électrique. Pour ne pas prendre trop de risque l'entreprise lança au début qu'un seul produit la ES-150 en 1936. Cette guitare d'entrée de gamme connut un important succès et est reconnue aujourd'hui pour être la guitare à avoir utilisé le premier micro électromagnétique de l'histoire. Ce micro se compose d'une ou deux bobines et d'un ou plusieurs aimants placés sur la table à l'aplomb des cordes. Ce système fonctionne très bien car quand les cordes vibrent dans le champ magnétiques du micro, elles produisent un courant électrique de faible intensité, qui amplifié est transformé en ondes sonores par l'intermédiaire d'un haut parleur.

Les notes sont alors émises par l'amplificateurs. Ce principe est désormais universel et est admis par un nombre important de constructeurs. Le terme ES veut dire Electric Spanish. Touchant une large clientèle et ayant produit des guitares de bonne qualité la firme décida de décliner d'autres modèles à partir de la ES-150 qui connurent tous un grand succès. Il y eu la ES-100 qui était une version économique, la ES-250 qui était une version plus élaborée et enfin la ES-300 qui détenait un seul micro oblique.

Avec ces différents modèles Gibson était lancé sur son marché et le succès ne s'étant pas fait attendre l'entreprise se concentra fortement sur la création de nouvelles guitares électriques. En 1934 la compagnie instaura un nouveau concept appliqué à toute leur production de guitares électriques et acoustiques qui était l'augmentation sensible de la superficie du corps. Cette augmentation a fortement accentué le volume sonore et la qualité des instruments. De ce changement naquit la populaire et sublime Super 400 de 18 pouces, elle devient une guitare électrique en 1951 et fut nommée Super 400 CES ( Cutaway Electric Spanish ).

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Claude Gaudefroy