Choisir une guitare

En quête d'une guitare à la Centrale

En quête d'une guitare à la Centrale

Claude Gaudefroy, créateur et dirigeant de la Centrale Guitars, fort d'une experience de prés de 35 années dans le monde de la guitare,  vous livre quelques conseils sur le choix de votre première guitare, et forcément... on y retrouve un peu d'histoire de la musique et un peu de philosophie.

Choisir une guitare n’est pas un acte anodin ni aisé … cette démarche traduit en quelque sorte aussi bien notre personalite que nos etats d’ame et s’inscrit dans un desir de séduction qui relève aussi du fantasme …

L’offre proposée aujourd’hui par les fabricants de guitare est pléthore, et peut dérouter beaucoup de guitaristes en herbe… mais pas seulement. Les plus aguerris, voire les professionnels, restent parfois circonspects devant les centaines de marques et modèles proposés, et déclinés dans des versions qui se ressemblent toujours plus ou moins, à des prix affichés allant du simple au quintuple…

C’est une question récurrente, qui ne cesse de revenir de depuis toujours… Pourquoi, quelle est la différence entre une guitare à 200 euros et celle qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau et qui vaut dix fois son prix… ? Question de néophyte ? Pas vraiment…

Si l’on fait un bref retour en arrière, un demi-siècle grosso modo, on constatera que forcément l’avènement d’un nouveau type de musique qui trouve ses racines dans le blues, coïncide avec l’arrivée de nouveaux instruments sur le marché, et en particulier des guitares « solid body » qui allaient devenir le fonds de commerce de ces illustres marques –entre autres- que sont Gibson ou Fender.

Auparavant, ce sont des instruments à caisse creuse qui caractérisaient la guitare électrique comme les marques D’Angelico, Gretsch , Rickenbacker , Gibson, Washburn, qui figuraient parmi les créateurs majeurs en ce domaine, en étaient l’incarnation … Et si au début des années 50, la guitare électrique connut à travers la création des guitares à caisse pleine ce que l’on peut considérer comme une véritable mutation – et la plus essentielle à ce jour-, il faut toujours garder à l’esprit que ces instruments étaient très chers, réservés à une clientèle élitiste et très aisée, et fort peu distribués ailleurs qu’aux Etats Unis… D’ailleurs, si on se réfère aux productions artistiques dans notre pays à cette époque, on constatera que les guitares utilisées par les «pioniers du rock en France » qu’étaient les Chats Sauvages, les Chaussettes noires, et autres Gene Vincent et les Rebels, et celles qui figuraient très souvent sur les pochettes de disque n’étaient ni des Gibson, ni des Fender, mais des guitares italiennes ou françaises comme Ohio, Royale, ou suédoise comme Hagstrom, pour ne citer que les principales… Et ce n’est pas porter atteinte à la mémoire de nos deux amis André et Roger Jacobacci -pionniers français de cette époque- que de dire que ces guitares n’avaient rien de très excitant, sinon leur look très kitch, témoin d’une époque bénie où le rock allait nous offrir sa quintessence durant ces fameuses trente glorieuses…

De ces instruments médiocres il faut bien le dire, il ne reste pas grand-chose, sinon pour les plus âgés d’entre nous le délicieux souvenir d’avoir été assez motivé pour entreprendre ses premières gammes dans la pénibilité et la douleur, ce qui n’était rien par rapport à notre enthousiasme et notre motivation démesuré dont nous faisions preuve… Et il en fallait.

Aujourd’hui la donne est bien différente. Le développement de l’outil technologique, et en particulier la numérisation des machines, offre désormais une garantie de qualité, même pour les instruments d’entrée de gamme .. Et c’est aussi ce qui est source d’interrogations, de scepticisme parfois quand se présente le problème du choix d’une guitare.. Laquelle choisir… ? et pourquoi ?

A ces questions, on trouve volontiers réponses très pertinentes la plupart du temps, concernant les bois, les micros, la touche de la guitare… Mais est-ce suffisant pour valider votre choix ?

Aujourd’hui, force est de constater que l’offre d’internet a eu pour conséquence première d’inciter les amateurs de guitare à rester devant leur écran pour tenter d’éclairer leur choix, plutôt que de prendre la peine de se rendre dans un magasin de guitares Pour autant les magasins de musique ne disparaissent pas, et bien au contraire, leur progression s’affiche partout dans le monde… En voyant défiler des dizaines de guitares, de marques, de modèles de formes différentes à travers un écran, on peut effectivement penser trouver celui qui va le plus nous séduire…Mais attention… On risque de vite avoir le tournis. Et rien ne vaudra jamais le contact, le toucher, la sensation extraordinaire que procure la véritable rencontre avec l’instrument que l’on découvre que l’on prend dans ses mains.

Aussi les tests, les forums, les « conseils «  sont- ils bien souvent des leurres destinés à appâter le chaland, à exprimer la plupart du temps un ressentiment, et ne témoignent pas, en tout état de cause de l’objectivité et du recul nécessaire permettant à chacun de se forger sa véritable opinion.

D’ailleurs, si c’était aussi simple, il y aurait UNE « meilleure » guitare, qui éclipserait toutes les autres… Et ce n’est bien sûr pas le cas. Mais quand bien même ce le serait, puisque nous connaissons tous quelqu’un autour de nous qui prétend que sa guitare est la meilleure, vous aurez beau vous procurer la même, la même marque, le même modèle, ce n’est pas pour autant que votre instrument sera identique à celui de votre ami…